Dans une société patriarcale, Ertha Pascal-Trouillot ouvre la voie

Ertha Pascal-Trouillot : un symbole puissant, un héritage encore inachevé. En 1990, Ertha Pascal-Trouillot entre dans l’histoire comme la première femme à diriger Haïti. Magistrate respectée, ancienne présidente de la Cour de cassation, elle accède à la tête de l’État dans un contexte de transition démocratique particulièrement fragile, après des décennies d’instabilité politique et la chute du régime des Duvalier.

Ertha Pascal-Trouillot avait une mission claire: assurer la stabilité institutionnelle et organiser des élections démocratiques. Mais au-delà de cette responsabilité, son accession au pouvoir marque une rupture symbolique majeure dans un pays où les sphères décisionnelles on longtemps été dominées par les hommes. Elle ne fut pas simplement une présidente de transition. Elle fut une possibilité incarnée.

Une présence historique, mais isolée

Plus de trente ans après son passage au Palais national, la représentation des femmes en politique haïtienne demeure limitée. A ce jour, aucune autre femme n'a encore occupé cette fonction. Dans le cadre du processus de transition politique en cours vers les élections prévues pour 2026, les femmes occupent environ 22 % des postes gouvernementaux, un chiffre inférieur au quota minimal de 30 % prévu pour la représentation féminine dans les fonctions publiques.

(Source : HaitiLibre, « Haïti progresse vers les élections tandis que la participation des femmes reste limitée », 2 janvier 2026 ; Constitution de la République d’Haïti, disposition relative au quota minimal de 30 % de représentation féminine.)

Cette même source indique qu'au sein du Conseil présidentiel de transition, leur présence est encore plus réduite : environ 11 % des membres, et sans droit de vote, ce qui limite leur influence directe dans les décisions stratégiques. Certains espaces montrent néanmoins des avancées : les femmes représentent environ 27 % des membres des bureaux électoraux départementaux et communaux, et près de 42,85 % au sein de la Commission Vérité, Justice et Réparation. Lors du remaniement ministériel de mars 2026, environ 27 % des ministres nommés étaient des femmes.

(Source : Haïti News, « Remaniement ministériel : 11 nouveaux ministres dont 27 % de femmes », mars 2026.) Ces chiffres traduisent une progression mesurée, mais encore fragile. L’objectif constitutionnel d’une participation équitable reste loin d’être pleinement atteint.

Faut-il pour autant réduire l’impact d’Ertha Pascal-Trouillot à ces pourcentages ?

Non. Son passage à la présidence a déplacé une frontière invisible. Elle a démontré que la magistrature suprême n’était pas un territoire exclusivement masculin. Elle a prouvé qu’une femme pouvait incarner l’autorité de l’État avec rigueur, compétence et sens des responsabilités. Dans un pays où les modèles féminins au sommet restent rares, elle a élargi l’horizon des possibles.

Aujourd’hui, si des femmes osent briguer des postes publics, intégrer les facultés de droit, travailler dans l’administration ou s’engager dans la gouvernance, c’est aussi parce qu’une femme a déjà atteint le sommet. Son héritage n’est peut-être pas encore pleinement institutionnel.Mais il est profondément symbolique.

Une avancée inachevée

L’histoire d’Ertha Pascal-Trouillot ne peut être racontée comme une victoire définitive. Elle ressemble davantage à une brèche ouverte dans un système encore résistant. La présence féminine progresse, mais lentement. Les textes existent, mais leur application demeure incomplète. Les ambitions sont là, mais les structures évoluent avec difficulté. Et pourtant, Une femme est souvent décrite comme un être rempli de surprise, de courage et de détermination. Ertha Pascal-Trouillot a montré qu’elle possédait toutes ces qualités et bien plus encore.

Elle a ouvert la voie. Beaucoup pensent encore que personne ne reprendra le flambeau. Pourtant, chaque jeune femme qui s’éduque, qui s’engage, qui s’impose dans un espace longtemps réservé aux hommes prouve que cette voie n’était pas que symbolique : elle était réelle. La question n’est plus de savoir si une femme peut diriger Haïti. Elle l’a déjà fait. La véritable question est désormais :

Quand cette exception deviendra-t-elle la norme ?

Marie Ludjina Boisrond

LE FÉMINISME : UNE EXAGÉRATION MODERNE OU UN COMBAT POUR LA JUSTICE ?

Le féminisme est souvent au cœur de débats passionnés. Pour certains, il s’agit d’un mouvement devenu excessif dans les sociétés modernes ; pour d’autres, il demeure un combat essentiel pour la justice et l’égalité.
À travers l’histoire, les luttes menées par les femmes ont profondément transformé les sociétés. Mais aujourd’hui encore, une question persiste : le féminisme est-il une exagération moderne ou une nécessité pour construire une société plus juste ?

Le féminisme, un combat ancien

Le féminisme est un mouvement social, intellectuel et politique qui revendique l’égalité des droits, et des opportunités entre les femmes et les hommes dans tous les domaines de la société.

Contrairement à ce que certains pensent, il ne s’agit pas d’un courant récent : ses racines remontent à plusieurs siècles.
En 1977, l’Organisation des Nations unies a officiellement proclamé le 8 mars Journée internationale des droits des femmes, reconnaissant ainsi l’importance mondiale de ce combat.
Les combats menés par les femmes et les résistances que l’on observe aujourd’hui sont le fruit de luttes longues et courageuses.
Depuis ses débuts, le féminisme dérange. Dans des sociétés longtemps dominées par le patricat, ce mouvement a été méprisé, caricaturé et parfois qualifié de folie ou d’exagération. Pourtant, année après année, la lutte continue et les victoires se multiplient.

Pendant des siècles, le monde a été pour les femmes un véritable champ de bataille. Privées d’éducation, du droit de vote ou du droit de travailler librement, leurs corps ont souvent été considérés comme des objets au service des hommes. Elles n’avaient ni voix politique ni pleine reconnaissance juridique. Pour beaucoup d’entre elles, le mot « justice » ne semblait même pas leur être destiné.
Au XVIIIe siècle, Olympe de Gouges ose dire stop. En 1791, elle publie La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, un texte révolutionnaire qui réclame l’égalité civile et politique entre les hommes et les femmes. Elle y écrit cette phrase devenue célèbre :
« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »
Son engagement lui coûtera la vie, mais son message traversera les siècles.
Malgré les nombreuses luttes, les inégalités persistent. Dans certains pays, les filles sont encore privées d’éducation. En Afghanistan, sous le régime des talibans, l’accès des filles à l’école secondaire a été interdit, rappelant que les droits des femmes restent fragiles dans plusieurs régions du monde.

Les arguments de ceux qui parlent d’exagération

Aujourd’hui, certains estiment que le féminisme est devenu excessif. Plusieurs arguments sont souvent avancés :
Les femmes auraient déjà obtenu leurs droits fondamentaux dans de nombreux pays.
Le mouvement créerait une opposition entre femmes et hommes.
Certaines actions militantes seraient jugées trop radicales.
On accuse parfois les féministes de « détester les hommes ».
Ces critiques existent et méritent d’être entendues dans un débat démocratique. Toutefois, elles reposent souvent sur une confusion : le féminisme ne vise pas à dominer les hommes, mais à rétablir une égalité.

Un combat nécessaire pour la justice

Plusieurs figures majeures ont porté ce combat avec courage.
Simone de Beauvoir, autrice de Le Deuxième Sexe, affirme :
« On ne naît pas femme : on le devient. »
Par cette phrase, elle montre que les inégalités entre les sexes ne sont pas naturelles, mais largement construites par la société.
Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême des États-Unis, déclarait :
« Women belong in all places where decisions are being made. »
Au fil des décennies, le féminisme a permis des avancées majeures : le droit de vote, l’accès à l’éducation, le droit au travail et, dans plusieurs pays, le droit pour les femmes de disposer de leur corps.
Il a également inspiré des mouvements mondiaux comme #MeToo, lancé par Tarana Burke en 2006 et devenu mondial en 2017. Ce mouvement a libéré la parole de millions de femmes victimes de violences sexuelles et a profondément transformé le débat public sur le sexisme.

Le féminisme peut susciter des controverses. Certaines actions peuvent être mal comprises ou mal interprétées. Pourtant, qualifier ce mouvement d’exagération revient souvent à ignorer les réalités vécues par de nombreuses femmes à travers le monde.
Le féminisme n’est pas une guerre contre les hommes. C’est avant tout une recherche d’égalité, de dignité et de justice.
Mais une question demeure :
dans un monde où certaines inégalités persistent encore, peut-on vraiment dire que ce combat est terminé ?

Et si ce que certains appellent « exagération » était, en réalité, le premier pas vers une société plus juste ?

Marie Régine Boisrond

Reconnaissance et lumière : Reine Soleil Haïti honore ses bénévoles du projet Kit Amony.

Suite au succès du projet kit Amony, l'organisation Reine soleil Haïti a réuni ce samedi 8 novembre 2025 les bénévoles du projet kitAmony au local "le témoin" qui se trouve à Delmas 65 pour une journée de remerciement d'avoir contribué dans la distribution de kit d'hygiène du projet kit Amony.

Reine soleil Haïti, qui œuvre pour l'émancipation, l'épanouissement et l'émergence des jeunes filles, a souhaité honorer ces bénévoles dans une ambiance chaleureuse et empreinte d'emotion animée par Nora Mésidor, l'une des membres de l'organisation . L'objectif était de les remercier pour leur participation,leur créativité et leur soutien dans le projet kitAmony.

La journée a débuté par une interview des bénévoles préparé par Feminae et présenté par Ronysa Sénat , les participantes y ont exprimé leur fierté et leur joie face à la réussite du projet ainsi que leur satisfaction d'avoir reçu un certificat de remerciement pour leur contribution à cette première édition du projet kitAmony ,elles ont manifesté leur enthousiasme à l'idée de participer à d'autres activités d''accompagnement de ce type.

Par la suite, la coordinatrice Mulledina Clerger a animé une discussion participative centrée sur les moments les plus marquants du projet kitAmony et les enseignements tirés de cette expérience et sur les changements que cet événement devrait engendrer pour l'épanouissement de toute l'équipe.

Des souvenirs ont été créés pour mémoriser cette journée pleine de gratitude, la remise des certificats de remerciement aux membres et bénévoles de l'organisation, fut l'occasion de réciter en chœur le Mantra de l'organisation : "Mwen se limyè" un appel à la confiance en soi et à la conscience du potentiel de chacun à accomplir de grande chose. Ce moment symbolique a été suivi d'un repas convivial qui a symbolisé l'esprit de communauté et le partage. Les sourires et la légèreté de l'atmosphère témoignaient de la réussite de cette union.

Cette journée ne visait pas seulement à remercier mais elle a aussi prouvé que l'union a triomphé une fois de plus, elle marque que l'accomplissement de grandes choses est en route. L'énergie positive dégagée par cette collaboration confirme que Reine soleil Haïti continue de tracer un chemin lumineux vers l'émancipation et la réussite

"Je ne m'attendais pas à une telle reconnaissance. Savoir que notre participation est valorisée nous donne une motivation nouvelle . Merci à Reine Soleil Haïti pour cette énergie positive. "

Témoignage d'une bénévole

                                                                                                  Abigaël Léopold - Journal Feminae

KitAmony : un geste de solidarité signé Reine Soleil Haïti

Ce 19 octobre 2025 L’organisation Reine Soleil Haïti (RSH) organisera, à la bibliothèque Michel Tardieu, une journée de distribution de kits d’hygiène à l’intention des filles vivant dans les camps de déplacés.


Une initiative qui mettra l’accent sur les besoins spécifiques de ces jeunes filles, tout en sensibilisant à l’importance de la propreté et de l’estime de soi.

Fondée en 2018, RSH milite pour le droit à l’éducation, l’émancipation , l’épanouissement et l'émergence des jeunes filles en Haïti. Avec le projet KitAmony, l’organisation poursuit son engagement à redonner espoir et dignité à celles qui sont souvent oubliées.

Des jeunes filles monoparentales laissées pour compte

Depuis 2020, de nombreuses adolescentes sont devenues victimes de la violence des gangs armés, les contraignant à fuir leur maison pour trouver refuge dans des camps de déplacés. Ces lieux précaires les exposent à des conditions de vie inhumaines : manque d’intimité, absence de produits d’hygiène de base tels que serviettes hygiéniques, savons ou déodorants ,autant de manques qui compromettent leur santé et leur dignité, deux droits fondamentaux de tout être humain.

KitAmony, une réponse à un vide et à un besoin criant

« Nous avons organisé cette activité dans le but de combler un vide, celui de la dignité, de la sécurité et de l’estime de soi des jeunes filles vivant dans les camps de déplacés.
À travers KitAmony, nous avons voulu offrir bien plus qu’un simple kit d’hygiène : un geste de reconnaissance, un espace de parole, un moment de tendresse et de solidarité.
C’était essentiel pour nous de leur dire nou wè nou, nou tande nou, nou respekte nou. »
Nous a confié la coordonnatrice générale, Mulledina Clerger, lors de l’interview pour le journal FEMINAE.

Cette journée se veut également un cri d’alerte adressé au gouvernement haïtien :
ces filles, souvent oubliées, ont besoin d’être protégées, soutenues et écoutées.

Un appel à la responsabilité collective

Prendre soin des plus vulnérables, c’est semer les graines d’un avenir plus juste et plus humain.
C’est dans cet optique que Reine Soleil Haïti organise ce projet KitAmony, une journée placée sous le signe de la solidarité, de l’amour et de la responsabilité sociale.

Amanda Boisrond - Journal Feminae